Le blog de ce soir est écrit à six mains, de pâti.Nous aurions pu appeler le dernier chapitre de l’épopée des Craint Dégun, les Bateliers de la Vodka mais c’eut été par trop facile, d’autant plus que nous n’avons absolument rien de soviétique à bord. Vu la consommation effrénée de feuilles de menthe ce sera donc, les Bateliers du Mojito. Nous sommes toujours à court de citron vert, tellement que pour leur prochain voyage JP et Baldo emmèneront par prudence un citronnier. Hier soir au moment de passer à table, plus de gaz. Nous étions tellement bien au bord de cette route nationale que nous avons fait fi de cette énième magagne. Heureusement le Tian de courgettes était déjà cuit. Pour le reste, le micro onde a suffit. Ce matin nous avions décidé d’un commun accord de me faire appeler la base du Boat, parce que même si nous accusions un retard alors insurmontable, nous avions payé pour un bateau avec du gaz et qu’il nous fallait donc du gaz. Était ce la malédiction du Black Pearl qui nous poursuivait ? Minette, par prudence avait déjà placé son gilet de sauvetage sous son lit, prétextant n’avoir plus de place dans son 42 m2. J’ai omis de vous dire que par pure galanterie ou stratégie d’éloignement de la cuisine les deux autres couples s’étaient contentés lors de la répartition des casemates de deux quechuas, modèle de base. C’est le concept du douchiotte ou du chiodouche, soit les WC dans la douche, nous ferions ça dans nos logements que nous gagnerions beaucoup de place ainsi que des pieds humides.
Abandonnant l’homme du Mékong à son triste sort, Poulet s’est réorienté vers le jumelage gai, très gay même. Lui qui pratique un franglais impeccable s’est pris de sympathie pour un couple de quatre anglais dont un est policier, l’autre chef de chantier, ....vous me voyez venir.
Nous avons failli le laisser continuer le voyage à reculons, ami poête.
Et pourtant nous avions dressé un mur anti cons en pavoisant avec un magnifique drapeau français depuis Argiliers. Les rosbifs étant allergiques à notre culture nous nous pensions protégés mais Poulet nous confirma que la gaieté n’a pas de frontières.
Voulant créer encore plus de lien avec ses cousins éclusiers descendants de Vauban, Poulet se fendit d’un vibrant hommage en traitant un représentant de l’espèce d’éclusieux. Magnifique Poustache digne d’un concours. Pour ceux qui ne connaissent pas le Poustache, c’est la contraction de « Oh Féli, tu t’es fait pousser la moustache » par « Oh Féli tu as fait Poustache ».
Le regard de l’éclusier de Villeséquande nous laissa penser qu’il aurait préféré être orphelin qu’avoir autant de cousins.
La folie s’emparait du bord et Baldo, ce jour, décidé comme jamais, ayant oublié son petit cachet bleu, s’empara tôt ce matin des commandes pour remonter le fleuve. Et le regard hagard, tel Klaus Kinski sur l’Orénoque, il nous conduisit d’écluse en écluse avec la dextérité du lévrier, la truffe au vent, humide et la manette des gaz solidement maintenue par une pogne d’airain.
J’ai commis l’erreur de mettre de la musique de guinguette, Rina Ketty et consorts et nous avons descendu le Canal en enchaînant les tubes des années 30, Minette se régalant à plaquer les paroles de Frou Frou sur quatre chansons successives.
Je croyais que nous avions tout vécu depuis notre départ, hormis l’égarement, mais c’est lorsque la musique du Christophe Colomb d’Angelis retentit dans la cabine que notre capitaine se métamorphosa. Debout aux commandes sur le pont, nous avons traversé un petit port, lui debout sur le pont saluant aux quatres vents (véridique).
Ce soir gratin de Pommes de terre crues puisque nous n’avons encore plus de gaz, le fantôme du Black Pearl est de retour.La plancha étant HS pour cause d’orage, impossible de tenter le gratin dauphinois sur plaque brûlante, nous tenterons donc la tartiflette au micro ondes mais je vous tairai par pudeur le résultat. Delmas, tu nous manques beaucoup. Ce soir il tombe une chavane du diable mais nous sommes solidement arrimés, penchés, à quelques lieux de Castelnaudary. Notre navire a pris la désagréable habitude de prendre du gîte et nous ne savons pas si nous coulons, si c’est la réserve d’eaux usées qui explose, ou bien si c’est les silures qui, las de leur nourriture habituelle, tentent de grimper à bord pour changer de régime.
A ce sujet proprement halieutique, si vous croisez un jour une carpe avec une gourmette et une paire de lunettes avec l’accent de l’Aude, donnez lui mes coordonnées, j’en connais qui seront ravis de faire sa connaissance.
Cette semaine a été très riche en partie de rigolades, en gastronomie, en Mojitos et en connaissance du statut des fonctionnaires d’Etat. Les Eclusieux ont été tous adorables et JP s’est engagé à écrire aux Voies Naviguables de France pour reconnaître l’implication, la qualité du travail et le dévouement sans faille dont il a été témoin pendant cette semaine. Un conseil toutefois si vous travaillez à la DIR, évitez les alentours de Carcassonne. Un passage devant le Parc Départemental a permis à notre Poulet National le constat de la présence de trop nombreux outils pour pouvoir s’acquitter de sa tâche dans la quiétude nécessaire.
Un autre conseil à vous, peut être futurs locataires de péniches, emporter par devers vous un litre d’eau bénite ou un poulet à égorger, on ne sait jamais, et si on vous propose le Bateau du hollandais volant, le navire sans nom, celui que l’on nous a désigné par D43, apprêtez vous à de franches parties de rigolade, à des sommeils profonds, à des gueuletons mémorables, à vous laver dans un placard, à tomber régulièrement en rade, à croiser des gens charmants, à détester encore plus la perfide Albion, à partager des moments de franche camaraderie, à dormir dans un zoo, et surtout surtout, surtout, à porter haut les couleurs de notre belle nation Marseillaise.
L’heure du Mojito approchant, je ne vais pas conclure ce blog pour une seule et simple raison. Homére n’a pas fait l’Odyssée d’Ulysse en une semaine. Cervantés n’a pas construit son Don Quichotte en une journée pour combattre les moulins. Nous en sommes donc seulement au premier chapitre de notre histoire commune et vous donnons rendez vous à bientôt pour de nouvelles aventures.
Le club des six Craint Dégun.
P.S. : précision technique du Capitaine, dans les écluses tu passes à un poil de cul de la chatte à ta sœur ( portugaise c’est mieux)....
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