mardi 7 juin 2016

Prière du Marin.

Notre Père qui êtes aux cieux, donnez nous aujourd’hui notre travers quotidien, ne nous soumettez pas à l’abstinence et délivrez nous du mal. Expulsez ces putains de rosbifs qui peuplent les villages du Languedoc désormais à l’agonie, sans âme ni commerces. Par Saint rosé et Saint blanc, protégez les domaines alentours et laissez libre cours au bonheur du purineur.
Frère Poulet suivant son chemin de croix de la passerelle étroite aura fait le trajet quasiment à pied et frère Baldo, apôtre de la mauvaise foi, continue ses taillades quotidiennes. Les sœurs Minette, Karine et Jo assurent le lavage des verres et nous supportent avec beaucoup d’indulgence. Notre père j’ai bien reçu cette nuit votre message de, celui qui a quatre heures à fait péter les lattes de mon sommier m’obligeant à faire une bombe et à m’affaler le cul par terre telle une bouse de vache. Hier soir la soirée fût irriguée. Pour fêter les retrouvailles au nom de l’amitié franco vietnamienne, nous avons organisé un karaoké improvisé. L’Ipad et son haut parleur ne pouvant fournir qu’un son à la puissance relative c’est par nos voix de stentor que nous avons assuré l’ambiance des bords du Canal. Seule Minette s’inquiétait de la nuisance éventuelle de la nouvelle équipe de the Voice. Mais, fier comme un bar tabac nous avons poursuivi notre hommage aux chanteurs morts et vers minuit la soirée s’est poursuivie avec les meilleurs moments des films de Pagnol. Ce n’est qu’au matin après 500 mètres de navigation qu’il s’est trouvé un marin d’eau douce pour nous féliciter de nos performances vocales. Ainsi nous portions à 500 mètres au moins, soit autant qu’un Airbus A 320 au décollage. Pour la prochaine soirée nous chercherons un endroit isolé.
J’ai omis de vous dire qu’à quatre heures du matin, inutile de compter sur les pompiers de l’équipage. J’ai du faire à peu près le même bruit que si j’avais chuté du haut d’une armoire, croyez le si vous le voulez, Poulet n’a rien entendu. Quant à Baldo, fort de sa longue expérience marseillaise il devina aussitôt une attaque de l’armée syrienne et du Viêt-cong réuni. N’écoutant que son courage il se précipita hors de sa cabine, le schlasse à la main, courageusement épaulé par Jo qui confondait les éclairs de l’orage approchant avec les lueurs d’une lampe torche de voleur.
Merci Notre père pour ce moment de bonheur.
Vivre ainsi en communauté sur un espace aussi réduit ne repose que sur la bonne entente de l’équipage et de solides victuailles, mais entraîne son lot de surprises. Ne vous fiez pas aux guides touristiques. Lorsqu’ils vous parlent de village pittoresque c’est qu’il n’y a Dégun et très pittoresque, c’est que c’est quasiment en ruine. Aujourd’hui nous avons visité des lieux très très pittoresque.
Ce soir, notre père, nous allons pêcher et demain il faudra nous absoudre. Repas prévu à la guinguette d’Argens Minervois avec grillades au feu de bois aux ceps de vigne.
Nous allons faire pêché de nourriture, abus de boisson et de glaces gargantuesques dixit la carte. Merci notre père de votre compréhension.
Les éclusiers sont devenus des potes et nous envisageons sérieusement d’en inviter un à la maison, leur allure de travail dénué de stress est parfaitement apaisante et la lenteur de leurs gestes totalement reposante.
Karine a poursuivi un coussin tombé à l’eau au péril de notre cohésion, les mâles se tapant du coussin comme de l’an quarante et les filles préférant payer leur écot que tenter de se mouiller les pieds.
Notre père délivrez nous du mal et il y a du boulot.
Entre les pets de Poulet capable de tuer un chat de six mois et les éternuements de Karine plus puissants que la corne de brume, nous continuons paisiblement notre voyage.
Amen.

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