dimanche 5 juin 2016

Les bronzés font du bateau.

Ce n’est que le deuxième jour et pourtant en me réveillant ce matin à l’aube j’ai eu comme l’impression que nous naviguions depuis un mois. La bouche pâteuse des émotions de la veille et le regard lourd de sous entendu du reste de l’équipage. Une nuit pourtant pleine, semblable à celle que l’on peut passer dans un lodge au Kenya, non pas pour la température mais certainement plus pour la sensation d’avoir nuitamment côtoyé des bêtes fauves. Entre la désagréable impression d’avoir dormi à la Barben et les dénégations des éléments masculins qui non n’avaient pas ronflé, nous n’eûmes pas la goujaterie ni l’outrecuidance d’accuser nos dulcinées. Ainsi cette première nuit personne n’avait ronflé mais moi j’avais dormi sur un générateur.
Oublié la tempête de la veille, c’est un peu comme si en une nuit nous avions acquis dix ans d’expérience. Baldo qui se régale à emprunter des passages à peine plus large que le bateau et Poulet qui se découvre des velléités de Gabian et qui passe ses journées sur le bord du bastingage sur une coupée large de même pas vingt centimètres. Rendons lui hommage d’avoir osé sauté dans la boue à plusieurs reprise pour nous faciliter l’arrimage même s'il s’est trouvé des fielleuses pour lui reprocher d’avoir mis de la boue sur tout le bord.
Nous avons navigué ce jour comme des chefs même si Baldo, emporté par son élan a osé tenté à moment donné la manœuvre de la veille qui m’a rendu si célèbre ; rien à faire je garderai mon copyright, il échoua lamentablement à boucher le canal et n’eut pour spectateur que l’équipage de rosbifs qui nous précédait et qui se moqua ouvertement de notre gueule. Les mêmes qui cinq minutes avant m’avait permis de converser dans un anglais scolaire se moquent en anglais de notre travers imparfait.
Nous avons franchi ce jour nombre d’écluse dont la célèbre échelle de Fonsérune, vingt mètres de dénivelés, une échelle d’eau, et tout ça gardé par une fille de Malpassé. Enfin quelqu’un qui comprenait le slogan de notre beau tricot fuschia, les Craint Dégun.
En terme d’éclusage nous nous prenions avant pour des professionnels, mais dans la traversée nous avons pris de véritable leçon ; de la dame sympathique et compatissante de la veille à Portiragne au surfeur tatoué de Béziers à lunette blanche, on a rencontré presque tous les modèles.
Dispensé de conduite j’ai eu tout loisir de me consacrer à la cambuse même si je me voyais souvent rappelé pour envoyer la corde, attacher la corde, tenir la corde, en bref un vrai boulot de merde. En parlant de merde la déchéance totale me tombe dessus ce midi lorsque Baldo m’informa de mon surnom, la dame pipi, et tout ça car je suis le seul à bord à avoir capté le système de vidange des eaux grises....
Repas de midi pris juste après le pont de Béziers, un paysage magnifique accompagné de saucisses de Toulouse, saucissette aux herbes et merguez maison cuites à la plancha de l’étage. Accompagnés de la salade du jardin à l’ail et d’une poichichade aux échalotes. Un conseil toutefois si vous prenez le canal, n’emportez surtout pas un vieux brie coulant sinon vous en mangerez de jour comme de nuit, à mon avis, on leur a niqué le frigo, inlouable désormais à des bataves mangeurs de cornflakes et de plats déshydratés.
J’ai oublié de vous dire, nous sommes les seuls à cuisiner de Port Castafiore à Castelnaudary, les autres, les estrangers se contentent de pauvres mounguis.
Promis, je ferai un lexique au retour pour tout ceux qui sont nés au dessus d’Avignon. Sinon, pour ne pas oublier son voyage, Poulet à décidé de faire cadeau de sa gourmette neuve aux eaux du canal du midi. Un geste inoubliable et fort de signification symbolique qui a entraîné automatiquement  notre plus profond respect.
Ce soir, nous sommes amarrés au port de Colombier, en pleine cagne, un petit port très sympa où nous allons passer la nuit, recharger nos batteries et nous faire raisonnablement remarquer comme il se doit. Nous avons ainsi liés une amitié sincère avec Crocodile Dundee, le placier du port ainsi qu’avec la patronne de la pizzeria locale le Pom Cannelle avec qui nous avons négocié pour acheter de l’eau. Croyez le si vous le voulez, c’est ce qui nous manque le plus à bord. Ce soir on finit les restes et demain, cap sur Capestang.
Nous avons toutefois frôlé l’émeute au moment de l’apéro, Crocodile se baladait un marteau à la main et nous eûmes la présence d’esprit commune de lui demander de le ranger dans la plus parfaite diligence, Poulet étant allergique à toute forme d’outil. J’ai omis avant d’aller déguster le verre de blanc que les Barmaids du bord sont en train de me préparer, de vous parler de la magnifique manœuvre réalisée par Baldo pour garer D43 en cul, une marche arrière digne du Marais. Bonne nuit à tous et méfi, les fauves sont bientôt de sortie.


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