vendredi 10 juin 2016

Les bateliers du Mojito.

Le blog de ce soir est écrit à six mains, de pâti.Nous aurions pu appeler le dernier chapitre de l’épopée des Craint Dégun, les Bateliers de la Vodka mais c’eut été par trop facile, d’autant plus que nous n’avons absolument rien de soviétique à bord. Vu la consommation effrénée de feuilles de menthe ce sera donc, les Bateliers du Mojito. Nous sommes toujours à court de citron vert, tellement que pour leur prochain voyage JP et Baldo emmèneront par prudence un citronnier. Hier soir au moment de passer à table, plus de gaz. Nous étions tellement bien au bord de cette route nationale que nous avons fait fi de cette énième magagne. Heureusement le Tian de courgettes était déjà cuit. Pour le reste, le micro onde a suffit. Ce matin nous avions décidé d’un commun accord de me faire appeler la base du Boat, parce que même si nous accusions un retard alors insurmontable, nous avions payé pour un bateau avec du gaz et qu’il nous fallait donc du gaz. Était ce la malédiction du Black Pearl qui nous poursuivait ? Minette, par prudence avait déjà placé son gilet de sauvetage sous son lit, prétextant n’avoir plus de place dans son 42 m2. J’ai omis de vous dire que par pure galanterie ou stratégie d’éloignement de la cuisine les deux autres couples s’étaient contentés lors de la répartition des casemates de deux quechuas, modèle de base. C’est le concept du douchiotte ou du chiodouche, soit les WC dans la douche, nous ferions ça dans nos logements que nous gagnerions beaucoup de place ainsi que des pieds humides.
Abandonnant l’homme du Mékong à son triste sort, Poulet s’est réorienté vers le jumelage gai, très gay même. Lui qui pratique un franglais impeccable s’est pris de sympathie pour un couple de quatre anglais dont un est policier, l’autre chef de chantier, ....vous me voyez venir.
Nous avons failli le laisser continuer le voyage à reculons, ami poête.
Et pourtant nous avions dressé un mur anti cons en pavoisant avec un magnifique drapeau français depuis Argiliers. Les rosbifs étant allergiques à notre culture nous nous pensions protégés mais Poulet nous confirma que la gaieté n’a pas de frontières.
Voulant créer encore plus de lien avec ses cousins éclusiers descendants de Vauban, Poulet se fendit d’un vibrant hommage en traitant un représentant de l’espèce d’éclusieux. Magnifique Poustache digne d’un concours. Pour ceux qui ne connaissent pas le Poustache, c’est la contraction de « Oh Féli, tu t’es fait  pousser la moustache » par « Oh Féli tu as fait Poustache ».
Le regard de l’éclusier de Villeséquande nous laissa penser qu’il aurait préféré être orphelin qu’avoir autant de cousins.
La folie s’emparait du bord et Baldo, ce jour, décidé comme jamais, ayant oublié son petit cachet bleu, s’empara tôt ce matin des commandes pour remonter le fleuve. Et le regard hagard, tel Klaus Kinski sur l’Orénoque, il nous conduisit d’écluse en écluse avec la dextérité du lévrier, la truffe au vent, humide et la manette des gaz solidement maintenue par une pogne d’airain.
J’ai commis l’erreur de mettre de la musique de guinguette, Rina Ketty et consorts et nous avons descendu le Canal en enchaînant les tubes des années 30, Minette se régalant à plaquer les paroles de Frou Frou sur quatre chansons successives.
Je croyais que nous avions tout vécu depuis notre départ, hormis l’égarement, mais c’est lorsque la musique du Christophe Colomb d’Angelis retentit dans la cabine que notre capitaine se métamorphosa. Debout aux commandes sur le pont, nous avons traversé un petit port, lui debout sur le pont  saluant aux quatres vents (véridique).
Ce soir gratin de Pommes de terre crues puisque nous n’avons encore plus de gaz, le fantôme du Black Pearl est de retour.La plancha étant HS pour cause d’orage, impossible de tenter le gratin dauphinois sur plaque brûlante, nous tenterons donc la tartiflette au micro ondes mais je vous tairai par pudeur le résultat. Delmas, tu nous manques beaucoup. Ce soir il tombe une chavane du diable mais nous sommes solidement arrimés, penchés, à quelques lieux de Castelnaudary. Notre navire a pris la désagréable habitude de prendre du gîte et nous ne savons pas si nous coulons, si c’est la réserve d’eaux usées qui explose, ou bien si c’est les silures qui, las de leur nourriture habituelle, tentent de grimper à bord pour changer de régime.
A ce sujet proprement halieutique, si vous croisez un jour une carpe avec une gourmette et une paire de lunettes avec l’accent de l’Aude, donnez lui mes coordonnées, j’en connais qui seront ravis de faire sa connaissance.
Cette semaine a été très riche en partie de rigolades, en gastronomie, en Mojitos et en connaissance du statut des fonctionnaires d’Etat.  Les Eclusieux ont été tous adorables et JP s’est engagé à écrire aux Voies Naviguables de France pour reconnaître l’implication, la qualité du travail et le dévouement sans faille dont il a été témoin pendant cette semaine. Un conseil toutefois si vous travaillez à la DIR, évitez les alentours de Carcassonne. Un passage devant le Parc Départemental a permis à notre Poulet National le constat de la présence de trop nombreux outils pour pouvoir s’acquitter de sa tâche dans la quiétude nécessaire.
Un autre conseil à vous, peut être futurs locataires de péniches, emporter par devers vous un litre d’eau bénite ou un poulet à égorger, on ne sait jamais, et si on vous propose le Bateau du hollandais volant, le navire sans nom, celui que l’on nous a désigné par D43, apprêtez vous à de franches parties de rigolade, à des sommeils profonds, à des gueuletons mémorables, à vous laver dans un placard, à tomber régulièrement en rade, à croiser des gens charmants, à détester encore plus la perfide Albion, à partager des moments de franche camaraderie, à dormir dans un zoo, et surtout surtout, surtout, à porter haut les couleurs de notre belle nation Marseillaise.
L’heure du Mojito approchant, je ne vais pas conclure ce blog pour une seule et simple raison. Homére n’a pas fait l’Odyssée d’Ulysse en une semaine. Cervantés n’a pas construit  son Don Quichotte en une journée pour combattre les moulins.  Nous en sommes donc seulement au premier chapitre de notre histoire commune et vous donnons rendez vous à bientôt pour de nouvelles aventures.
Le club des six Craint Dégun.
P.S. : précision technique du Capitaine, dans les écluses tu passes à un poil de cul de la chatte à ta sœur ( portugaise c’est mieux)....

jeudi 9 juin 2016

Panne humide

Il est vrai que d’ordinaire on parle de panne sèche mais à bord de cet esquif, il n’y avait plus rien de sec et surtout pas les gosiers. Tout ça pour vous dire que ce jour nous avons connu une double panne. En premier lieu panne de citron vert, les autochtones connaissaient bien ce produit exotique mais ils n’en avaient plus vus depuis la dernière tournée de Kassav. Je soupçonne JP d’en avoir planqué dans ses chaussettes à l’embarquement ou de represser les citrons usagés car tous les soirs le Mojito reste à l’honneur malgré les restrictions d’approvisionnement.
Ensuite Panne électrique majeure, après les plombs qui sautent du premier soir et la pompe à eau qui est naze, maintenant c’est la panne électrique majeure. Je sens alors monter sur le bateau une monumentale engatse, le marseillais est compréhensif mais il ne faut surtout pas le prendre pour tchetchou.
Un rapide appel à la base pour tomber enfin sur un français emphatique  et compatissant pour mon niveau de batelier proche de zéro. Il suffisait de faire un reset pour réinitialiser les contrôles électroniques du bord, et tout ça parce que mon démarrage de moteur avait été un peu trop brutal. Comment vous expliquer, le passage de la première écluse est fabuleux. Vous comprenez cette prodigieuse invention qui permet à un engin d’un vingtaine de tonnes de prendre l’ascenseur. La deuxième écluse, vous commencez à prendre l’habitude et à la troisième l’équipage est opérationnel. Ensuite les écluses ont tendance à un peu vous gonfler car il faut attendre pour passer dans l’ordre d’arrivée parfois jusqu’à une heure, ensuite il faut entrer dans un passage très étroit, patienter jusqu’à ce que vos compagnons d’ascenseur aient fait de même puis serrer fortement les amarres qui ont longuement trempées dans l’eau maronnasse ou verdâtre qui nous entoure, d’où mon démarrage, je le reconnais un peu hâtif.
Revenons à la nature de l’eau, pardon du jus qui nous entoure. Pascal Légitimus à qui je dois mon surnom, je le souhaite éphémère de purineur, m’ a demandé de tourner une clef magique permettant la gestion des eaux grises quand le bateau avance. Après moultes réflexions et consultation d’internet, nous avons compris que les fameuses eaux grises étaient en fait du jus de chiottes et que la clef permettait de les expulser du bord directement dans le canal. Dès cet instant nous avons eu quelques scrupules à manipuler les amarres qui tombent régulièrement dans ce qu’il faut appeler une fosse sceptique à ciel ouvert. Pourtant, malgré ces infos nous avons continué à admirer ce magnifique ouvrage et ces berges enchanteresses, même si parfois quelques relents de purin viennent chatouiller nos narines. En revanche je n’aimerais pas être sur un des bateaux qui nous suivent, avec la qualité de notre cambuse je doute fort que des effluves d’oeillet se répandent dans notre sillage.Seul sur le plat bord arrière lors du franchissement des écluses des mots sympathiques me remontent aux oreilles, bacilles, diphtérie, fécal, salmonellose, malaria, jus d’anus de chez Cabèche. Je regarde depuis d’une manière encore plus circonspecte les morceaux de bois marrons qui remontent à la surface lorsque D43 fait des remous près du quai.
Les animaux sont rares pendant le voyage à part quelques ragondins qui ont la particularité de faire des cercles dans l’eau. Ils nagent en rond car ils n’utilisent que la patte avant droite et qu’avec la gauche ils se bouchent le nez. Ensuite une famille de cygnes, noirs, il est vrai. Et une tortue d’eau connue de toute la région. Sinon des milliers d’oiseaux qui avec l’élevage d’insectes à ciel ouvert ont trouvé le gîte et le couvert.
Nous sommes en plus tombé sur un des rares français avec un beau navire bleu le Sneek, magnifique réincarnation du père Barclay pour les vêtements, d’Hugues Aufray pour le port altier et la queue de cheval et de Renaud pour la gueule avinée. Aussitôt nous l’avons baptisé, le plus con du canal ; j’ai omis de vous préciser un léger accent pointu empli de critiques qui nous fit abonder dans ce sens. Poulet , pourtant affable comme jamais, lui leva la parole en tournant le dos et en clamant cette citation épique : «  si ce con ne veut pas que l’on bouscule son bateau il n’a qu’à pas prendre d’écluse et  se faire l’Atlantique ».
Baldo s’est révélé durant cette croisière excellent marin, même si quelques « têtes de cul » ont émaillé nos rencontres. Il est en ce Jeudi couleur Homard voire Araignée de mer après cuisson. Maman Jo est allé quérir de la Biafine et curieusement, un tube a suffi. Baldo s’est aussi découvert des velléités de menuisier ébéniste. Au moment de quitter un quai et alors qu’un British nous faisait opportunément remarquer que D43 penchait sensiblement sur tribord, il nous montra immédiatement sa confiance dans notre maison flottante en annonçant, « on coule ! ». Non, c’était juste le gros boudin de caoutchouc noir du  bateau qui était passé sous le quai. Le British tenta de prendre les commandes de la manœuvre depuis le bord, fort de l’héritage de sir Drake. Le Niollonnais ne se laissa pas faire et décida de sortir par l’avant quand le sujet de sa gracieuse majesté hurlait : « Back, back ! ». Et Jean Marc inventa alors la manœuvre que les manuels nommeront le décapsuleur marin, avec arrachage de quai et manipulation de bastaings avec le cul de D43. Celui ci ne nous tiendra pas rigueur de laisser là encore une marque de notre passage. Spéciale dédicace au Commandant du Costa Concordia, un ami, un frère.
Enfin Baldo, jaloux de l’hommage réalisé par JP en début de voyage, je ne vous rappèlerai pas l’histoire de la gourmette, se décida au Port de Trèbes à laisser en ces lieux ce qu’il avait de plus précieux à bord hormis Josiane, ses lunettes de vue. Nous sommes mal barrés, le seul qui sait piloter ne voit désormais pas plus loin que l’étrave. Nous espérons que la carpe qui accueillera ce cadeau saura encore mieux se protéger de ses prédateurs. La canne blanche pour Capitaine n’ayant pas encore été inventée, il va nous falloir de la patience pour rallier Castelnaudary. En termes de gastronomie, repas à l’étouffé car en troisième position à l’écluse de Fonfille avec tout de même une poêlée de gésiers de canard confits accompagnée de deux magnifiques scaroles achetées à un Pépé en bordure de canal, et que nous nous soupçonnons avoir grandi avec l’eau du canal, à boire et à manger,  demain nous compterons peut être les boutons.
Ce soir Tian de courgettes, spéciale dédicace à Jo, fin des spaghettis et jambonneaux en gelée. Nous préférons rester légers le soir. Bonne nuit à toutes et à tous.

mercredi 8 juin 2016

Jeux de Mots

Durant le trajet nous nous sommes retrouvés à Poilhes, juste avant la ferme du Vié et maintenant nous nous dirigeons vers Ognon (authentique). Ce voyage qui nous conduit de trou en trou restera à jamais dans les annales.Hier soir, boucherie à la Guinguette avec des plâtrées d’un kilos chacun. Impossible de finir pour certains, surtout pour les petites..... En chemin nous sommes d’ailleurs devenus spécialistes des bites et Jp est devenu momentanément et affectueusement bitounet.
Ce matin, Baldo à encore oublié son cachet et Jo telle la canette protégeant ses canetons, ne manque jamais de le rappeler à l’ordre. Je me demande bien à quoi sert ce petit cachet bleu quotidien et pourquoi Jo tient autant au respect de la posologie.
Encore un mystère que le Dieu du canal ne saura résoudre.
Ce matin à l’écluse d’Ognon, entre deux pelures, nous avons croisé Dubosc, moule bite au vent et ambition clairement affichée.
Nous sommes limités en réserve d’eau et le Port d’Homs tombe à pic. Ils ne se sont vraiment pas foulé pour les noms de lieu sur ce trajet.
Juste avant l’écluse du même nom, voyant d’anomalie au tableau de bord et bip bip lancinant et continu. Nous prenons sagement la décision de contacter la base et de stationner à l’endroit même où nous nous trouvons de peur de couler le moteur.
Sitôt dit sitôt fait, appel à la base, le mécano est en route.
Devant la désespérance de la situation, il ne nous restait qu’un truc à faire, boire l’apéro. Et même si certaines, à l’approche du technicien du Boat prirent la décision de cacher verres et bouteilles alors que D43 embaume la cave coopérative, rien ne nous empêcha de poursuivre notre repas composé de pavé de bœuf aux girolles juste snackès sur la plancha et quiche sans moule exécutée par Jo.Donc , le mécano arrive et aussitôt nous paraît fort sympathique. Peut être est ce dû à cette démarche chaloupée du marin qui le fait tanguer sur terre de droite à gauche du chemin. Johnny arrive l’oeil vitreux de celui qui, refusant de nombreuses invitations dut finalement céder devant la pression ou les pressions. Enfin un anglais qui ne souhaite parler que français, ça fait plaisir, et ce, même si son vocabulaire d’un enfant de trois ans nous interdit de comprendre quoi que ce soit.
Dans le doute, nous le confions à Poulet, seul chef d’équipe bilingue de la bande à même de le driver.
Le moteur étant trop chaud pour opérer, Johnny l’embrouille promet de revenir après un décuvage presque total et une sieste réparatrice de deux bonnes heures.
Allongé à son retour sur un moteur refroidi, Johnny nous expliqua que c’était juste un problème de circuit d’eau, ce à quoi, Poulet rétorqua, mais oui c’est la grenouille. Langage imagé et fortement populaire des bords du Vieux Port que le pauvre Irlandais ne pût qu’acquiescer, même s’il ne comprendrait jamais ce que ces pauvres frogs venaient faire dans son engine.  Johnny est efficace et se révèle redoutable mécano avec un humour British développé. En l’état notre échappement était mort et il nous expliqua qu’en pareil cas, au lieu que ce soit les gazs qui sortent, c’est l’eau qui entre... Un véritable bloc d’humour.
En naviguant au départ d’Homs, nous avons relevé une anomalie notoire en croisant un bateau exclusivement peuplé de français. C’est quasiment le premier depuis le départ de Port Cassafières...
Baldo se plaît à raconter nos malheurs à tous ceux que l’on croise et du belge au normand tous comprirent qu’à mendonné, sur le canal, il y avait bien des marseillais.
Aussi loin d’Envau et la Vesse que Pythéas des rives de l’Islande, mais avec le même tempérament frondeur ainsi que les mêmes expressions imagées. Comment décrire la scène apocalyptique ou un trois quart parisien moitié connard ( si c’est possible) souhaite forcer sa priorité pour le passage d’un pont étroit et rappelle Baldo à l’étude du code fluvial qui stipule qu’un bateau de passager avalant reste toujours prioritaire. Ce à quoi notre capitaine, fatigué par le chaud soleil de juin et les nombreuses heures de conduite ne sauta pas sur avalant. Il préféra glisser tel un pet sur une toile ciré vers une expression de chez nous qui en règle générale n’appelle pas à contestation. Le Va te faire enculer claqua sur les berges tél le fouet du cocher sur le cul de la jument, et comme nous nous y attendions, tout le monde passa sans histoire.Ce soir nous mangeons les restes des restes des restes, soit des spaghettis bolognaise aux cèpes. Il y a pire...Bonne nuit  et à demain pour de nouvelles aventures.

mardi 7 juin 2016

Prière du Marin.

Notre Père qui êtes aux cieux, donnez nous aujourd’hui notre travers quotidien, ne nous soumettez pas à l’abstinence et délivrez nous du mal. Expulsez ces putains de rosbifs qui peuplent les villages du Languedoc désormais à l’agonie, sans âme ni commerces. Par Saint rosé et Saint blanc, protégez les domaines alentours et laissez libre cours au bonheur du purineur.
Frère Poulet suivant son chemin de croix de la passerelle étroite aura fait le trajet quasiment à pied et frère Baldo, apôtre de la mauvaise foi, continue ses taillades quotidiennes. Les sœurs Minette, Karine et Jo assurent le lavage des verres et nous supportent avec beaucoup d’indulgence. Notre père j’ai bien reçu cette nuit votre message de, celui qui a quatre heures à fait péter les lattes de mon sommier m’obligeant à faire une bombe et à m’affaler le cul par terre telle une bouse de vache. Hier soir la soirée fût irriguée. Pour fêter les retrouvailles au nom de l’amitié franco vietnamienne, nous avons organisé un karaoké improvisé. L’Ipad et son haut parleur ne pouvant fournir qu’un son à la puissance relative c’est par nos voix de stentor que nous avons assuré l’ambiance des bords du Canal. Seule Minette s’inquiétait de la nuisance éventuelle de la nouvelle équipe de the Voice. Mais, fier comme un bar tabac nous avons poursuivi notre hommage aux chanteurs morts et vers minuit la soirée s’est poursuivie avec les meilleurs moments des films de Pagnol. Ce n’est qu’au matin après 500 mètres de navigation qu’il s’est trouvé un marin d’eau douce pour nous féliciter de nos performances vocales. Ainsi nous portions à 500 mètres au moins, soit autant qu’un Airbus A 320 au décollage. Pour la prochaine soirée nous chercherons un endroit isolé.
J’ai omis de vous dire qu’à quatre heures du matin, inutile de compter sur les pompiers de l’équipage. J’ai du faire à peu près le même bruit que si j’avais chuté du haut d’une armoire, croyez le si vous le voulez, Poulet n’a rien entendu. Quant à Baldo, fort de sa longue expérience marseillaise il devina aussitôt une attaque de l’armée syrienne et du Viêt-cong réuni. N’écoutant que son courage il se précipita hors de sa cabine, le schlasse à la main, courageusement épaulé par Jo qui confondait les éclairs de l’orage approchant avec les lueurs d’une lampe torche de voleur.
Merci Notre père pour ce moment de bonheur.
Vivre ainsi en communauté sur un espace aussi réduit ne repose que sur la bonne entente de l’équipage et de solides victuailles, mais entraîne son lot de surprises. Ne vous fiez pas aux guides touristiques. Lorsqu’ils vous parlent de village pittoresque c’est qu’il n’y a Dégun et très pittoresque, c’est que c’est quasiment en ruine. Aujourd’hui nous avons visité des lieux très très pittoresque.
Ce soir, notre père, nous allons pêcher et demain il faudra nous absoudre. Repas prévu à la guinguette d’Argens Minervois avec grillades au feu de bois aux ceps de vigne.
Nous allons faire pêché de nourriture, abus de boisson et de glaces gargantuesques dixit la carte. Merci notre père de votre compréhension.
Les éclusiers sont devenus des potes et nous envisageons sérieusement d’en inviter un à la maison, leur allure de travail dénué de stress est parfaitement apaisante et la lenteur de leurs gestes totalement reposante.
Karine a poursuivi un coussin tombé à l’eau au péril de notre cohésion, les mâles se tapant du coussin comme de l’an quarante et les filles préférant payer leur écot que tenter de se mouiller les pieds.
Notre père délivrez nous du mal et il y a du boulot.
Entre les pets de Poulet capable de tuer un chat de six mois et les éternuements de Karine plus puissants que la corne de brume, nous continuons paisiblement notre voyage.
Amen.

lundi 6 juin 2016

Colvert ou Colbert.

Réveil matinal dans le port de Colombier et recharge de vivres au Vival local. Je vous ai dit que nous ne pourrions jamais partir dans l’espace, j’ai même des doutes sur la traversée de l’atlantique sauf à breveter un Auchan qui flotte....
Démarrage avec le nouvel ami de Baldo le John Stick. N’allez pas chercher là un quelconque sujet de sa gracieuse majesté c’est juste une déformation locale et idiomatique de ce que d’aucun aurait appelé un joystick. Fort de cette prouesse linguistique nous avons franchi ce matin le tunnel du Malpas, monument historique de 160 mètres de long qui réussit la prouesse de nous paraître rasqueux  à notre arrivée et qui trouva ses lettres de noblesse lorsque nous l’avons franchi. Le passage des Craint Degun marquera à jamais d’une pierre blanche l’histoire du Canal du Midi.
Hier nous avons eu la joie et l’honneur de croiser un avatar de Pierre Paul Riquet aux environs de Béziers, vêtu en habit d’époque et qui nous salua bien bas. Ce jour, en tant que personnage remarquable c’est l’amiral de Kersauzon qui se retrouva à bord. Comment vous dire, c’est probablement jaloux de sa défaite d’hier que Baldo s ‘appliqua, cent fois sur le métier il remis son ouvrage et par deux fois, je dis bien par deux fois, au moment de se garer, nous gratifia d’un travers presque parfait. En grand connaisseur de la manœuvre je dois dire que celles ci furent presque parfaitement effectuées, hormis le choc arrière nécessaire à la gratification optimale.
Poulet prit alors les commandes, loin très loin de la ligne droite des Vosges. Minette avait bien fait remarquer que les branches basses génaient la circulation et que ce Canal dépendant des Voies navigables de France était finalement mal entretenu.  Poulet reçu le message cinq sur cinq et fort de celui qui a le même bulletin de salaire que Flamby, il obtempéra . Ne disposant pas d’épareuse, il décida vaillamment de ratiboiser les branches basses au moyen du bastingage, manœuvre audacieuse mais parfaitement réussi. Le bateau se remplit rapidement de petit bois, feuilles et araignée diverses. N’écoutant que le courage de celui qui sait le bonheur du travail accompli il dut quand même s’arrêter devant les vitupérations fielleuses des éléments féminins de l’équipage qui ne surent apprécier la technicité nécessaire pour couper des branches avec des appareils non conçus pour cet ouvrage. Las, Poulet rendit les commandes à Jo qui elle, ne sortit jamais du droit chemin. Vous dire que Poulet nous gratifia d’un travers n’est que manœuvre dilatoire que je préfère passer sous silence.
A midi , repas à l’ombre des platanes avec des suprêmes de pintade au miel et épices douces accompagnés d’un crémeux de risottos aux truffes. Nous voguons dans la plus parfaite simplicité et le moral de l’équipage est au beau fixe.
Cet après midi, profonde siestasse de même pas une heure, très récupératrice. Poulet nous demanda à la reprise du trafic de le remercier car, fidèle descendant de Colbert, celui là même qui avait équipé la France d’oeuvre d’art architecturale, si nous étions sur le Canal c’était un peu grâce à Colbert, donc grâce à lui. Rapide raccourci auquel nous nous sommes soumis avec entrain.
De Poulet il est ainsi devenu Col Vert, Colbert étant par trop prétentieux.
Ce soir, nous avons jeté l’ancre dans le petit port d’Argiliers, magnifique village du Minervois où le célèbre Marcellin Albert avait mené la lutte contre l’état pour défendre les vignerons locaux. Ça méritait une petite halte, juste à titre de remerciement.
Visite du village le soir tombé avec Karine et Poulet. Ce dernier, véritable héros de l’amitié entre les peuples se noua d’affection avec un couple de Boat people qui étrangement nous suivait depuis plusieurs jours. L’asiatique ne tenant pas l’alcool, c’est le visage brûlé par le soleil et l’oeil vitreux du merlan de l’avant veille que nous l’avons laissé, penaud, au centre du village, avec une copine qui arrivait, ne me demander pas comment de la Réunion. Les nems ne serait pas pour ce soir.
Dix heures de navigation, 500 litres d’eau, dix litres de vin et une bouteille de rhum, le rythme est bon.
En route dédicace des Craint Degun sur le livre d’or de la Collégiale de Capestang, franchissement de pont, filmage de canard et fabrication active de Mojitos. A la fin du voyage Baldo et Poulet passeront en Mojitos troisième année, heureusement que la menthe tient le coup. Ce soir on finit les restes.
Un petit mot pour la fin, de Dame Pipi je rétrograde encore, il m’appelle maintenant le purineur. J’ai décidé de ne plus m’occuper de la pompe à merde. Bonne nuit à tous.

dimanche 5 juin 2016

Les bronzés font du bateau.

Ce n’est que le deuxième jour et pourtant en me réveillant ce matin à l’aube j’ai eu comme l’impression que nous naviguions depuis un mois. La bouche pâteuse des émotions de la veille et le regard lourd de sous entendu du reste de l’équipage. Une nuit pourtant pleine, semblable à celle que l’on peut passer dans un lodge au Kenya, non pas pour la température mais certainement plus pour la sensation d’avoir nuitamment côtoyé des bêtes fauves. Entre la désagréable impression d’avoir dormi à la Barben et les dénégations des éléments masculins qui non n’avaient pas ronflé, nous n’eûmes pas la goujaterie ni l’outrecuidance d’accuser nos dulcinées. Ainsi cette première nuit personne n’avait ronflé mais moi j’avais dormi sur un générateur.
Oublié la tempête de la veille, c’est un peu comme si en une nuit nous avions acquis dix ans d’expérience. Baldo qui se régale à emprunter des passages à peine plus large que le bateau et Poulet qui se découvre des velléités de Gabian et qui passe ses journées sur le bord du bastingage sur une coupée large de même pas vingt centimètres. Rendons lui hommage d’avoir osé sauté dans la boue à plusieurs reprise pour nous faciliter l’arrimage même s'il s’est trouvé des fielleuses pour lui reprocher d’avoir mis de la boue sur tout le bord.
Nous avons navigué ce jour comme des chefs même si Baldo, emporté par son élan a osé tenté à moment donné la manœuvre de la veille qui m’a rendu si célèbre ; rien à faire je garderai mon copyright, il échoua lamentablement à boucher le canal et n’eut pour spectateur que l’équipage de rosbifs qui nous précédait et qui se moqua ouvertement de notre gueule. Les mêmes qui cinq minutes avant m’avait permis de converser dans un anglais scolaire se moquent en anglais de notre travers imparfait.
Nous avons franchi ce jour nombre d’écluse dont la célèbre échelle de Fonsérune, vingt mètres de dénivelés, une échelle d’eau, et tout ça gardé par une fille de Malpassé. Enfin quelqu’un qui comprenait le slogan de notre beau tricot fuschia, les Craint Dégun.
En terme d’éclusage nous nous prenions avant pour des professionnels, mais dans la traversée nous avons pris de véritable leçon ; de la dame sympathique et compatissante de la veille à Portiragne au surfeur tatoué de Béziers à lunette blanche, on a rencontré presque tous les modèles.
Dispensé de conduite j’ai eu tout loisir de me consacrer à la cambuse même si je me voyais souvent rappelé pour envoyer la corde, attacher la corde, tenir la corde, en bref un vrai boulot de merde. En parlant de merde la déchéance totale me tombe dessus ce midi lorsque Baldo m’informa de mon surnom, la dame pipi, et tout ça car je suis le seul à bord à avoir capté le système de vidange des eaux grises....
Repas de midi pris juste après le pont de Béziers, un paysage magnifique accompagné de saucisses de Toulouse, saucissette aux herbes et merguez maison cuites à la plancha de l’étage. Accompagnés de la salade du jardin à l’ail et d’une poichichade aux échalotes. Un conseil toutefois si vous prenez le canal, n’emportez surtout pas un vieux brie coulant sinon vous en mangerez de jour comme de nuit, à mon avis, on leur a niqué le frigo, inlouable désormais à des bataves mangeurs de cornflakes et de plats déshydratés.
J’ai oublié de vous dire, nous sommes les seuls à cuisiner de Port Castafiore à Castelnaudary, les autres, les estrangers se contentent de pauvres mounguis.
Promis, je ferai un lexique au retour pour tout ceux qui sont nés au dessus d’Avignon. Sinon, pour ne pas oublier son voyage, Poulet à décidé de faire cadeau de sa gourmette neuve aux eaux du canal du midi. Un geste inoubliable et fort de signification symbolique qui a entraîné automatiquement  notre plus profond respect.
Ce soir, nous sommes amarrés au port de Colombier, en pleine cagne, un petit port très sympa où nous allons passer la nuit, recharger nos batteries et nous faire raisonnablement remarquer comme il se doit. Nous avons ainsi liés une amitié sincère avec Crocodile Dundee, le placier du port ainsi qu’avec la patronne de la pizzeria locale le Pom Cannelle avec qui nous avons négocié pour acheter de l’eau. Croyez le si vous le voulez, c’est ce qui nous manque le plus à bord. Ce soir on finit les restes et demain, cap sur Capestang.
Nous avons toutefois frôlé l’émeute au moment de l’apéro, Crocodile se baladait un marteau à la main et nous eûmes la présence d’esprit commune de lui demander de le ranger dans la plus parfaite diligence, Poulet étant allergique à toute forme d’outil. J’ai omis avant d’aller déguster le verre de blanc que les Barmaids du bord sont en train de me préparer, de vous parler de la magnifique manœuvre réalisée par Baldo pour garer D43 en cul, une marche arrière digne du Marais. Bonne nuit à tous et méfi, les fauves sont bientôt de sortie.


samedi 4 juin 2016

Cassé.

8 mois d’attente, trente jours de préparation, des heures de palabre, et pourtant tellement de volonté, pour finir comme une merde en travers du canal du midi. Mon épopée idéale s’est fini  telle la sardine qui a bouché le Vieux port. Pourtant la sortie du quai au joystick avait été un jeu d’enfant mais  je soupçonne le fabricant du bateau de l’avoir équipé de moteurs corses. Comment vous dire, ils étaient un peu jaloux. Et dans la première ligne droite ces gatchampègues  commencent à me chabir, le navire part sur la gauche alors que je dois le mener à droite. Partant de là notre collaboration prit subitement fin lors de l’abordage d’une péniche qui n’en demandait pas tant. La constance de l’équipage a été en pareil cas exemplaire, silence à bord et rognage d’ongles.
Alors, Baldo, tel Pythéas partant à la découverte de la Norvège s’empara de la barre pour nous remettre dans le droit chemin. Bravant les éléments il réussit à diriger notre embarcation subissant les risées des bataves et des chleuhs car il faut vous l’avouer sur le canal on ne parle pas français.
Je me souviendrai toute ma vie du passage de ma première écluse. J’essayais lamentablement de maintenir D43  contre le quai lorsque  j’avais à même pas cinq mètres de moi un rosbif blanquinas sur le bateau suivant qui tentait de m’expliquer dans la langue de Shakespeare comment tenir le bout.  La honte, les mêmes qui m’avaient vu en travers se moquaient maintenant de moi dans un bocal. La perfide Albion n’avait pas fini de sévir...
En même temps je me disais plus que 66 écluses, patience, patience.
C’est alors que la tempête se déchaîna, le Cap Horn dans les vignes...Un déluge d’eau nous tomba sur la gueule et seul Jean Marc, imperturbable, tint la barre dans les éléments, seul sur le pont, faisant face aux déferlantes... Je me laisse un peu emporter par mon instinct lyrique car nous avons fini arrimer à deux platanes mourants à même pas deux kilomètres de la base. J’ai oublié  à cet instant de vous conter par le menu le début de l’orage, Karine qui se précipite, chaussée par Décathlon vers l’escalier de la poupe, et qui, malgré ses antidérapants à cinq euros, chute comme une merde au bas des cinq marchés.. A cet instant, j’ai lu dans les yeux du British « what’s a fuck ».
Prudent l’équipage, prudent, je vous dis, qui après une heure de navigation prend la décision de rester par prudence arrimer là où il se trouve, un travers, une écluse et un pont, fini les émotions fortes pour la première journée.
C’est alors que nous avons constaté que nada, plus d’électricité à bord. Pas d’engatse, Poulet et Jean Marc se précipitent alors pour confectionner les premiers moritos du  du voyage. Logique puisque nous étions à l’arrêt. Mais, après réflexion, plus d’eau sur le bateau, plus de douches et plus de chiottes. L’heure est grave. Une journée de voyage et un Roman à conter. Arrivé à Castelnaudary, nous allons écrire une encyclopédie. Fort de la panne, obligés d’appeler, penaud, la base de départ. Comme ils pouvaient venir à pied, ils nous ont gentiment envoyé Pascal Légitimus qui en cinq minutes nous a expliqué que les 10 mA du disjoncteur ne pouvaient suffire à l’orage qui nous avait occupé en fin de journée. Premier repas contre une allée bordée de platanes avec un chemin piétonnier portant quelques pervers, le bonheur du sud...
Coteaux du Layon, Champagne, Vin blanc de Rognes, salade de légumes du jardin au vinaigre de Chasselas de Moissac, plateau de Charcute de chez Delmas et Fromage variés et odorants. Simple mais bon. J’allais oublier la soupe de Mojitos en entrée et le cassage de sommier par Baldo qui s’est retrouvé le cul par terre au premier essai de son lit. J’arrête là car je pourrais y passer la nuit, entre les massages de cul, les tentatives d’adoption de canette et les dissertations sur les moustiques. Bises à tous et à demain pour de nouvelles aventures.

jeudi 2 juin 2016

Veille de Départ.
Ça y est, le jour tant attendu va enfin arriver. Depuis ce mois de Novembre 2015 où nous avons décidé ensemble de cette folle épopée, les derniers détails logistiques sont enfin réglés. Les deux plateaux de fromage (je sais, c’est pour un concours) sont commandés, les cubis sont livrés ou proches de l’être et les sacs de vêtements sont prêts. C’est là où nous nous rendons compte qu’à 50000 dollars le kilog, nous ne partirons jamais dans l’espace.
En France, c’est toujours autant le bordel avec les grèves qui continuent, les manifestations qui baissent de fréquentation, merci la pluie, et la CGT qui postule pour le prix Nobel de la mauvaise foi.
Jusqu’au dernier moment, nous avons eu peur de ne pas pouvoir disposer d’assez de fuel, because les arrêts de travail dans les raffineries, mais a priori, tout devrait bien fonctionner.
Cela fait, de mémoire, bien deux ans qu’il pleut sans discontinuer sur Toulouse et je soupçonne la Mairie d’avoir en silence placé des panneaux solaires peints en gris au-dessus des nuages, car, comment vous dire, jamais le moindre rayon de soleil ne vient traverser nos fenêtres. En Haute Garonne, les marchands de lunettes solaires et de chapeau ont fait faillite au XIX ème siècle et nous sommes en train de virer avec Karine au blanc norvégien. Vivement l’Aude et le Languedoc même si je pressens des chiaraffes monumentales à suivre, le soleil s’en donnant bientôt à cœur joie avec notre épiderme devenu aussi fragile qu’après un séjour prolongé dans une grotte. C’est bien simple, à Mollégès ils nous prennent pour des estrangers, heureusement qu’il y a l’accent, sinon, avec ce blanc suspect…
Nous avons préparé ce voyage consciencieusement, quatre à cinq cagettes de nourriture devant suffire pour le premier week-end. Minette s’inquiétait de la présence d’épiceries en bordure du canal…Je pense que nous pourrons avantageusement les dépanner pendant le trajet si elles venaient à manquer de solide ou de liquide. La question demeure toutefois du « qu’allons-nous faire des divers achats, bouteilles, souvenirs, produits poteries, bouteilles et vins » acquis pendant le voyage. Au jour fatal de la destination finale le retour des marseillais se fera en effet au moyen d’un véhicule espagnol qui a plus sa place sur les circuits qu’à Rungis. Comment vous dire que le coffre ridicule ne saura suffire à tout contenir au retour. J’avais bien tenté serviablement de proposer à l’équipage d’abriter leurs achats sur Toulouse et notamment d’accueillir dans mon cellier les divers breuvages testés pendant le voyage mais Baldo, méfiant, à juste titre, m’opposa une fin de non-recevoir.
De mon côté j’avais commencé à préparer mon foie pour cette épreuve digne des jeux olympiques, je m’étais mis au Gaillac… A vous dégoûter du vin. Si mon petit Max veut un jour préparer une explosion de papilles ou discerner un vrai expert d’un faux, j’ai quelques domaines à lui conseiller… Donc depuis plusieurs jours je n’avais plus touché une seule goutte de picrate. Sera-ce suffisant à titre d’entraînement, l’avenir nous le dira.
Quant à Karine les 200 kilogs de thé vert en baluchon de toile de jute, devraient permettre de tenir au moins jusqu’au Mercredi, après, la disette poindrait peut être, le thé vert de Capestang n’étant pas parmi les plus réputés.
Pour le reste, le sirop de violette est bien calé au fond de la biace, les gésiers sont confits, et la rouelle de porc marine tendrement dans un petit jus au thym….

Le prochain article sera écrit à six mains avec la participation de tout l’équipage et nous nous sommes tous engagés sur l’honneur et le code de la marine fluviale à préciser sur ce blog la totalité de nos aventures ainsi que les menus du jour.
A vous écrire….

dimanche 29 mai 2016

Le nom de jeune fille.

Sans se l’avouer, ils avaient tous quelques craintes quand au maniement de l’esquif, les références maritimes du groupe étant voisines de néant. Pour assurer le coup Minette et Poulet décidèrent sournoisement d’aller observer le frêle esquif qui leur servirait d’abri deux bons mois avant le départ. Quelle ne fut pas leur surprise de constater qu’ils allaient prendre le large sur le navire amiral de la flotte de PORT CASSAFIÈRES. Point de frêle esquif mais plutôt un véritable paquebot de croisières aux proportions totalement démesurées. Une occasion supplémentaire de retrouver et d’affirmer le légendaire pragmatisme des gens du Nord. Alors que Minette m’avisait que la circulation sur le bord du bastingage se faisait sur un étroit plat bord de la largeur d’un anchois, en pensant fortement : et si c’est trop étroit laisse manoeuvrer les autres...Karine, pragmatique proposa le port du gilet de sauvetage pour tous ; après le mariage pour tous, le gilet pour tous, un excès chassant l’autre.
Ils avaient décidé de se replonger dans le peu de connaissances dont ils disposaient sur la connaissance de Mare Nostrum. Ce sont les histoires de naufrage, voire de pirates qui remontèrent en premier dans leur inconscient collectif. Jamais ils n’avaient eu l’occasion de vivre sur les flots aussi longtemps et dans cette plus parfaite promiscuité. Puis refirent surface les vieux proverbes, tel : quand le goéland se gratte le gland c’est qu’il va faire mauvais temps. Est ce qu’il y aurait des mouettes le long du canal pour leur dicter la météo, l’avenir le dirait. En attendant la liste des courses rallongeait et les sacs se remplissaient peu à peu jusqu’à la veille du départ. La logistique ayant été pointée deux mille huit cent fois ils étaient sûrs de ne manquer de rien et les provisions du bord suffiraient à rallier l’Angleterre. C’est alors que pour élever le débat, Karine se lança dans une longue diatribe sur nos futurs coéquipiers. Les femmes nous accusent souvent des pires travers alors que nous n’avons pour objectif que leur bonheur. Pensez si l’histoire qui suit était arrivée à une autre protagoniste et pourquoi pas à un futur marin du bord. Ces femmes se seraient empressées, ingrates, de se gausser du pauvre malheureux. Emportée dans un univers pagnolesque loin de ses origines chti Karine avait, avouons le quelques difficultés à assimiler le langage imagé et calanquesque.

Ainsi, ne sachant pas pourquoi Jean Marc était devenu Baldo, elle nous demanda après moult réflexions si Baldo n’était pas le nom de jeune fille de notre ami Ferrero. Marie m’en est témoin tellement cette histoire est incroyable. Le pauvre Baldo, après Rebuty, il se retrouvait maintenant affublé d’un nom de jeune fille. Ça promettait pour la suite...
Pauvre Baldo, peut être le plus expérimenté de nous tous, le seul à même de continuer le proverbe du goéland : « Et quand il se gratte le cul, ce n’est pas bon non plus. »

mardi 26 avril 2016

L’EPOPEE DES CRAINT DEGUN



Bien sûr le nom n’avait pas été choisi au hasard. Il fallait bien nommer cette équipe ou équipage qui allait poursuivre une aventure incertaine dans les pas de Paul Riquet. Après de multiples débats et palabres, il fut décidé que ce serait la bande des Craint Dégun. Un peu offensif me direz vous pour des non provençaux mais c’était pourtant bien leur état d’esprit du moins au départ de leur aventure.

La décision de s’embarquer sur un frêle esquif a certainement été prise en commun même si l’idée d’origine appartenait surtout à Baldo, le bosco de l’équipe. Les autres avaient déjà longé à de multiples reprises le trajet de leur future aventure avec d’autres moyens de locomotion et ne trouvaient pas forcément d’intérêt absolu à partager un espace exigu et sonore pendant une semaine. La convivialité eut alors raison de tout exercice de logique et ils validèrent à six ce qui deviendrait plus tard leur aventure extraordinaire bien nommée depuis, l’épopée des Craint Dégun.

Heureux qui comme Ulysse me direz vous sauf que le natif de Troie était marin ; subtile et infime différence avec les protagonistes de notre histoire. Bien sûr, tous avaient eut trait avec la mer et l’un d’entre eux dont nous tenons à préserver l’anonymat avait même était, fort provisoirement, détenteur du permis hauturier. Deux autres avaient même réussi ou acquit, ou obtenu le permis côtier sans toutefois ne jamais avoir mis en pratique l’instruction reçue.

Ce fut ainsi que, marins d’eau douce et sans conscience, ils prirent la décision de l’embarquement. Je vous passerai les détails des échanges survenus en ce beau village de Pechbonnieu un matin de Novembre alors que la France était par ailleurs à feu et à sang. Bien évidemment pour naviguer il leur fallait un bateau ; eu égard à leurs âges respectifs et respectables doté d’un minimum de confort ; en tenant compte de leur épicurisme, avec une cuisine digne de ce nom ; et devant les exigences féminines avec de multiples toilettes et salles de bains. C’est ainsi qu’ils réservèrent le navire amiral de la compagnie fluviale du Midi. Un vaisseau d’une blancheur immaculée, long presque comme un terrain de foot et large comme une tribune, en bref un cauchemar de naviguant. Les plus anciens, confiants dans leur expérience présumée, confièrent les armes et grades aux éléments féminins de la bande, me chargeant par ailleurs de coordonner les efforts de chacun.

En Méditerranée la mer ne monte ni ne descend, et même si notre pauvre père fût en charge un temps du marégraphe de la corniche c’est plus une lubie de scientifique qu’un élément à terroriser un breton bretonnant. Devant une amplitude de quelques centimètres, tout bon provençal qui se respecte sait que sa mer ne sera jamais ingrate et ne lui tournera jamais le dos. Vous pouvez la quitter, l’insulter lui faire la gueule, disparaître plusieurs années, elle sera toujours là, à votre retour, pour vous accueillir. Absolument rien à voir avec ces rivages nordiques qui se désertifient au rythme des marées. Fort de ce savoir ils s’engagèrent dans leur aventure sans toutefois avoir pleinement appréhendé les écueils que seraient les écluses. Ces ascenseurs à bateaux d’un autre temps ne seraient pas sans leur poser quelques problèmes que nous découvrirons par la suite.

L’aventure avait commencé avec les classes préparatoires, j’ai nommé l’intendance. La confection de la liste des vivres, chose importante s’il en est fût confiée aux deux personnes semblant les plus expérimentées. Tort leur en pris car d’un voyage d’agrément ils en arrivèrent à une expédition humanitaire. La première des préoccupations des intendantes consista à mesure, évaluer, quantifier la longueur de papier hygiénique indispensable à la traversée et malgré les explications du reste de l’équipage, leur rappelant que le cabotage permanent permettait des haltes de ravitaillement, que les territoires traversés pratiquaient aisément l’Occitan voire le vieux Français, rien n’y fit, la cale avant se remplirait de suffisamment de papier pour rallier Paris à Marseille.

Dans leur sagesse coutumière et pour éviter toute infection de salmonellose le Bosco insista pour prévoir du liquide cacheté n’ayant pour autre objectif que de préserver la santé de l’équipage. Et c’est ainsi que fut scellé devant un plat fumant de pieds et paquets cuits au feu de bois l’intendance du voyage.

Si un jour vous cherchez Frémont ou Marina et que vous passez par Niolon, lever les yeux avec émotion vers la gauche de la calanque, c’est là, dans la maison des Baldo que le complot fût verrouillé.

Le Bosco n’eut d’ailleurs de cesse de clamer à qui voulait l’entendre une phrase qui resterait dans les annales : « Combien de cubi ? Combien de cubi ? ».

Entre la légendaire prudence masculine et la rigueur féminine un compromis fut trouvé. Etant décidé à raisonner par multiple de 10 litres, Baldo emporta l’adhésion du groupe avec vingt litres de blanc corse. Pour éviter toute possibilité de déshydratation et se prémunir contre tout risque de non ravitaillement dans des contrées probablement hostiles et mal desservies une réserve de sécurité de vingt litres de rosé intégra en souplesse la provision de vivres.

Ils hésitèrent longuement sur les soixante litres mais craignant un déséquilibre dans le chargement, ils troquèrent les deux derniers cubis contre douze bouteilles de champagne, tant pour varier les plaisirs, satisfaire les filles, que pour avoir de quoi fêter dignement leurs exploits nautiques.

De bateau de plaisance et au fur et à mesure du comblement des cales le navire mutait peu à peu en barge de transport commercial, en péniche de fret avec licence quatre obligatoire.

Pour préparer un entraînement digne de ce nom et n’ayant pas d’âne à disposition, le pauvre Baldo avait quant à lui, pour préparer le week-end de Niolon, transporté la totalité des victuailles à dos d’homme, le cabanon gagnant en pittoresque ce qu’il perdait en accessibilité. Week end gastronomique autour du four à pizza avec validation de tous les breuvages retenus pour le voyage ; un véritable week-end de travail largement arrosé comme il se doit. Même Poulet, pourtant peu habitué à dépasser ses quatre heures de travail quotidien s’attela à la tâche avec ardeur et ne rendit les armes que le dernier verre validé. Force fut alors de constater, selon la consommation moyenne du week-end, qu’ils seraient en carafe normalement vers le Mercredi soir. Sauf insolation ou brusque changement climatique ils devraient se ravitailler en cours de route.